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[i563]
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LA VILLE DE PARIS.
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213
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CCCXXXI1. — [Reception de lettres de la Royne Mere et du Roy.]
ii avril 1563. (Fol. 185 v°.)
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Lettres de la Royne. - Messieurs, vous verrez ce que le Roy, monsr mon filz, vous escript presentement, qui n'est pas sans grande occasion, caries choses qui s'acheminoyent à une universelle et generalle tranquillitté pour le repoz d'un chascun, depuis les plainctes qui sont venues et qui ont courrues par tout le royaulme des meurtres, forces et violences qui se continuent à Paris -1', ont commencé à se discorder de nouveau, en danger de nous veoir retomber en plus grans troubles, divisions et perilz que auparavant, ainsi que le Roy, mond, sieur et filz, le vous discourt assez particullierement par sa lettre, à laquelle je m'en remestray, et seullement vous diray que, si vous vouliez qu'il persevere en l'oppinion qu'il a tousjours eu de vostre obeissance et fidellitté, et con-gnoissent que vous aymez et desirez le repoz et la conservation de son estat, il fault que vous satisfaciez si dilligenment et preudenment au contenu de sad. lettre que l'exemple de vostre ordre et obeissance serve à faire vivre le demourant du royaume en amytié, doulceur et paisible intelligence; de ma part je vous en prye comme de la chose de ce monde, comme je voy, la plus importante, désirée du Roy, mond, sieur et filz, et dont il recevera plus de contentement, comme je vous puys bien dire que le contraire l'offenceroyt et irriteroyt infiniment, ce que je m'asseure que vous vouldrez tousjours eviter le plus qu'il vous sera possible, comme ceulx qui ne veullent estre congneuz autres que ses bons, fidelles et
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obéissans subjectz. et serviteurs. Priant Dieu, Messieurs, qu'il vous aict en sa saincte grace.
"Escript à Amboise, le v6 jour d'Apvril milv'LXii, veille de Pasques, n
Signé : KATHERINE.
Et au dessoubz : Bourdin.
Lettres du Roy. "Trés chers et bien amez, nous avons estimé que, après la lecture et publicquation qui a esté faicte à nostre Court de Parlement de Paris des lettres de declaration par nous expediées sur la paciffication des troubles de nostre royaume <2\ vous ne fauldriez [de donner] tel ordre en nostred, ville de Paris, capitalle de nostred, royaume, pour l'observation du contenu en nosd. lettres, et pour y faire cesser toutes forces, excedz et viollence que [par] l'exemple de vostrebonne police et obeissance, le demeurant de nostre royaume se reduiroyt en une generalle et universelle trans-quillitté, mais tout au contraire de nostre esperance et des honnestes propos que vous en avez tenuz à noz trés chers et trés amez cousins, les cardinal de Bourbon et duc de Montpencier, au dernier voyaige qu'ilz ont faict aud. Paris pour le faict de lad. publication, nous avons journellement infinies plainctes des meurtres, troubles et empeschemens qui se font à ceulx qui se retirent en lad. Ville soubz la permission et benefice de lad. declaration, jusques à avoir sceu que l'on a, ces jours passez, tué deux prisonniers que l'on admenoict en lad. Ville, appellans
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O Dans une lettre du 7 février 1563 à l'adresse du maréchal dc Montmorency, la Reine-Mère lui exprimait déjà tout son déplaisir de ce qui se passait à Paris : «Il me deplaist infinyment, disait-elle, d'entendre la licence dont la commune do Paris use, et regarderay avec le Conseil à ce que s'y devra faire, pour en escripre bien expressement à la Court dc Parlement et au Prevost des Marchans et Eschevins, en vous donnant le moyen de les contenir.- En mème temps, Catherine de Médicis se préoccupait fort de ménager les susceptibilités des habitants de Paris; à la date du i3 mai, en annonçant la signature de la paix, elle faisait allusion à la clause qui exemptait Paris des prêches, ce qui, pensait-elle, - contentera bien fort ceulx de la Ville-. A la suite des troubles du commencement d'avril, M. de Gonnor, en vertu des instructions de la Reine-Mère, devait prier le premier président du Parlement d'y mettre ordre et insister également auprès du Prévôt des Marchands, -afin que l'on ne fase plus de masacres». (Lettres de Catherine de Médicis, 1.1, p. 49g, 529; t. Il, p. 12.)
'2) L'édit de pacification, qui autorisait le libre exercice de la religion réformée, est du 19 mars 1563; il fut enregistré, non sans difficulté, par le Parlement dans sa séance du 27 mars, en présence des cardinal de Bourbon et duc de Montpensier, spécialement délégués par l'autorité royale, accompagnés d'Odetde Selve et de M. de Gonnor, membre du Conseil privé. Les esprits étaient tellement surexcités que le greffier du Parlement n'osa même pas donner lecture du texte de l'édit, de crainte de scandale. Claude Haton rapporte dans ses Mémoires, t. I, p. 328, que «les trompettes et crieurs qui en firent le cry et publication coururent le danger d'estre tuez par la commune qui s'éleva contre euxn et leur jeta de la boue au visage. Du reste la Reine-AIère se rendait si bien compte du mauvais effet que produisait sur les Parisiens la conclusion de la paix, qu'elle disait à la fin d'une lettre du 15 janvier : -L'on m'a dist, que si volons trover secours d'arjeant de Paris, qu'i fault tout ayslerniiner et ne fayre jamès paix, » ( Lettres de Catherine de Médicis, 1.1, p. 476.)
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